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Publié le 21 janvier 2007 par Webmestre
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?T ravailler plus, pour mourir plus vite. ? et Fillon fait des heures suppl ?mentaires...

Article mis en ligne le 8 juin 2007 par Webmestre  

Devant l’usine Kronenbourg, des salariés s’essaient à l’humour noir. La grève débutée lundi, à Obernai (Bas-Rhin) se durcit. Le mouvement, suivi par 90 % des salariés de la brasserie, pouvait difficilement tomber plus mal pour l’actionnaire Scottish & Newcastle : l’usine devrait tourner à plein régime en raison de la chaleur. Depuis le 2 mai, la direction a dénoncé un usage en vigueur dans le monde brassicole alsacien : chaque salarié avait jusqu’ici la possibilité de refuser de faire des heures supplémentaires. Les salariés, qui font les trois-huit, n’ont d’abord trop rien dit. Après tout, avant la remise en cause de cet usage, ils acceptaient volontiers de travailler plus.

« Travailler mieux ». Mais depuis un mois, les semaines de quarante-huit voire cinquante heures s’enchaînent. Et les salariés n’en peuvent plus d’avoir l’impression de « passer [leur] vie au boulot ». « Cela fait quatre semaines de suite que j’arrête de travailler dimanche à 6 heures du matin, et que je reprends lundi à 6 heures », explique Serge. Difficile de prévoir quoi que ce soit le week-end quand on est informé d’une semaine sur l’autre de son planning. Sauf à poser un jour de congé le samedi. « Et ça, c’est aberrant », soupire Richard.

A la chaleur ­ qui implique une production de 200 000 hectolitres supplémentaires ­ s’ajoute l’augmentation annuelle de la production de 6,3 à 7,3 millions d’hectolitres depuis la cession d’une autre usine du groupe, à Champigneulles (Meurthe-et-Moselle), en 2006. « Nos carnets de commande sont pleins. Pour la première fois depuis dix ans on va faire de la croissance », explique Jean Hansmaennel, directeur de la communication de Scottish & Newcastle France. « Alors oui, ça fait bosser les gens ! » Plus de volume, mais avec moins de salariés, déplorent les grévistes. En 1983, 1 200 salariés travaillent à Obernai. Les départs à la retraite non remplacés ont érodé la masse salariale : ils ne sont plus que 740 aujourd’hui. Intérimaires et saisonniers sont toujours plus nombreux. A l’expédition, ils représentent 50 % des effectifs. Certains ont vingt-cinq ans de Kronenbourg derrière eux, embauchés neuf mois par an et sans aucun espoir d’intégration.

« Nous ne voulons pas travailler plus, nous voulons travailler mieux », explique Eric Schedecker, délégué de la CFDT, qui poursuit : « Ces embauches nous éviteraient de faire des heures supplémentaires et donneraient du travail à tout le monde. » Critique envers les déductions de charges annoncées par le gouvernement ­ « C’est du travail au noir ! » ­, il estime que cela va générer une augmentation des charges pour les salariés.

Hier soir, à la sortie d’une réunion de négociation, la petite concession de la direction (sur les cent heures supplémentaires, cinquante-deux ne seraient plus obligatoires) et la promesse d’une prime exceptionnelle de 1500 euros n’ont pas convaincu les salariés.

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Fillon fait des heures supplémentaires !

Le Premier ministre a dû, hier, réévaluer à plus de 5 milliards le coût de sa réforme.

Va-t-on voir se multiplier les conflits sur les heures supplémentaires ? Avec la détaxation que prépare le gouvernement de François Fillon, et qui doit entrer en vigueur le 1er octobre, la tentation sera forte pour les employeurs d’utiliser au maximum le contingent de 220 heures supplémentaires autorisées par an, au risque de mécontenter les salariés, qui, comme ceux de Kronenbourg, n’ont pas tous envie de revenir aux 40 heures pour quelques euros de plus. Actuellement en France, chaque salarié fait en moyenne 55 heures supplémentaires par an, ce qui porte la durée réelle du travail à un peu plus de 36 heures par semaine.

« Le droit du travail n’étant pas changé », rappelait hier le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, la décision de faire des heures supplémentaires « restera à la discrétion de l’employeur ». « On est en train de construire une usine à gaz pour mettre le slogan "Travailler plus pour gagner plus" en pratique », dénonçait de son côté le président de la CFE-CGC, Bernard Van Craeynest, soulignant aussi que pour les cadres payés au forfait « il n’est pas possible de travailler plus, sauf à s’attaquer aux congés payés ».

Il n’y a pas que les syndicats pour s’inquiéter des conséquences de la détaxation des heures supplémentaires. Les parlementaires spécialistes des questions budgétaires tirent discrètement la sonnette d’alarme auprès du Premier ministre pour souligner le coût de la mesure, sans oublier les risques de détournement pour bénéficier des aides publiques.

Si le nombre d’heures supplémentaires par an (900 000) ne faisait que doubler, l’addition serait déjà salée. Hier matin sur RTL, François Fillon a tenté de rassurer les « budgétaires » de sa future majorité en minimisant le coût de la mesure. Il serait « de l’ordre de 2,5 à 3 milliards d’euros par an », a affirmé le chef du gouvernement, et « ce n’est d’ailleurs pas un coût mais des recettes en moins ».

Le Premier ministre a rectifié le tir dans l’après-midi en reconnaissant que « trois milliards, c’est la partie liée aux exonérations de la part salariale », et qu’en ajoutant les allégements de charges sociales « le coût ou plutôt le manque à gagner pour le budget de l’Etat serait de l’ordre de 5 à 6 milliards d’euros ».

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