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Publié le 21 janvier 2007 par Webmestre
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Sur les traces de L ?o Lagrange

Article mis en ligne le 22 août 2007 par Webmestre  

Le futur secrétaire d’Etat, sous tutelle de la Santé, devra inventer un sport d’utilité publique. Par ALAIN LORET

C’est avec un certain trouble que le Mouvement sportif français a pris connaissance du fait qu’il était dorénavant placé sous la tutelle des médecins au sein d’un superministère associant Santé et Sport confié à Roselyne Bachelot. Personne ne l’a remarqué mais il s’agit là d’un nouvel exemple de la volonté d’ouverture à gauche de Nicolas Sarkozy. En effet, ce faisant, il réactualise de façon surprenante une idée que l’on doit à l’un des personnages majeurs du panthéon de la gauche : Léon Blum.

Dans l’histoire politique du sport français, il faut en effet remonter au premier ministère Blum (du 5 juin 1936 au 21 juin 1937) pour identifier un sous-secrétariat d’Etat aux sports strictement dépendant de l’administration de la santé. Le fait que, dans le souci de préserver la santé des citoyens, le Front populaire ait confié le portefeuille des sports à cette personnalité légendaire qu’est devenu Léo ­Lagrange confère à Bernard Laporte, le futur nouveau secrétaire d’Etat aux sports placé auprès de Mme Bachelot, une responsabilité qui outrepassera sa seule fonction ministérielle.

Il est probable, en effet, qu’une fois connue cette étonnante filiation historique on ne manquera pas d’établir certaines comparaisons. Pierre Mauroy, notamment, auteur d’une biographie de Léo Lagrange sera sans doute très attentif. C’est que l’héritage est absolument majeur. Certaines avancées sportives - qui furent surtout des ­avancées sociales, marquent encore notre mémoire collective : développement du sport pour tous sans souci de compétition, construction massive d’équipements, création du brevet sportif populaire, essor des auberges de jeunesses ­associé au développement des sports de plein air, promotion du tourisme sportif grâce aux « billets populaires » de congés annuels, fondation de l’Ecole nationale de ski, la liste est longue comme un match sans ­essai. Souvenons-nous également que Léo Lagrange ­soutint l’organisation des Olympiades populaires de Barcelone pour protester ­contre les Jeux olympiques de Berlin organisés par Hitler. Dans le contexte très particulier généré par cette surprenante réactualisation de l’idée de Léon Blum, les premières décisions de Bernard Laporte seront observées avec beaucoup d’attention car il devra être capable de se hisser au niveau de son illustre prédécesseur. Reste qu’il n’aura guère de temps s’il veut soutenir la comparaison. En effet, cela demeure très surprenant mais Léo Lagrange ne disposa en tout et pour tout que de vingt mois pour mener à bien ses réformes.

L’emprise politique de la santé sur le sport ne lui survivra pas durant les ­années 60-70 qui suivront (1937-2007). De fait, l’administration sportive fut longtemps rattachée à l’Education nationale et il fallut ­attendre Maurice Herzog (1958) pour lui voir conférer une certaine autonomie. Sur la période, quelques ­tutelles « exotiques » ­ponctuèrent bien son histoire comme le rattachement à la « qualité de la vie » (1974) ou au « temps libre » (1981) mais à la santé : jamais. Sans doute y a-t-il quelques raisons à cela. Elles rendent d’autant plus singulière la décision de Nicolas Sarkozy. La plus probante tient au fait qu’associer santé et sport apparaît aujourd’hui incongru, ­voire contradictoire. C’est que depuis le Front populaire le sport a bien changé. Au point qu’en 2007, contrairement à une idée reçue, le sport ce n’est plus forcément la santé. Ce serait même plutôt ­l’inverse dans certains cas. On sait, par exemple, que l’accidentologie sportive a explosé au cours des vingt dernières ­années. La création d’une spécialité ­médicale en « médecine du sport » montre d’ailleurs qu’il s’agit d’un secteur ­sensible. Certaines conséquences néfastes pour la Sécurité sociale ont même été pointées avec le sport de haut niveau. Lors d’un récent débat public, un ancien joueur de l’équipe de France de football devait ainsi ironiser sur l’atmosphère des stages de préparation. Selon lui, l’ambiance ressemble à celle d’une maison de retraite au vu des prescriptions médicamenteuses anormalement lourdes auxquelles les joueurs doivent se plier. Pour se maintenir en bonne santé.

Les raisons ? La sollicitation outrancière des organismes, le stress accumulé, ­­la douleur omniprésente, les microtraumatismes incessants, les articulations qui crient grâce, les muscles qui tétanisent. Tout cela confère incontestablement au corps sportif un statut de corps souffrant. Dégâts organiques majeurs, fragilisation articulaire accélérée, fractures de fatigue et dysfonctionnements psychologiques se combinent pour épuiser les corps avant l’âge. La dégradation physique est à ce point significative que

l’on peut être « vieux » avant d’avoir vingt ans dans certaines disciplines olympiques. La création d’un superministère de la Santé et du Sport ne changera rien à ­l’affaire. Bernard Laporte ne prendra ­jamais le risque d’imposer une diminution des charges d’entraînement au prétexte de préserver la santé des athlètes. Il faillirait alors à sa principale mission : l’optimisation du nombre de médailles que les équipes de France devront coûte que coûte ramener de Pékin.

En réalité, ce n’est pas un secrétariat d’Etat aux sports mais plutôt à « l’activité physique » qu’il aurait fallu lui confier. Il s’agirait justement de développer une pratique « non sportive », c’est-à-dire non compétitive, visant simplement « la forme et les formes » : la lutte contre l’obésité, par exemple, ou le bien-être corporel lié au simple confort articulaire et musculaire pour promouvoir une certaine harmonie physique, physiologique et psychologique à tous les âges de la vie. Le « silence » d’un corps qui, se faisant oublier, rendrait le quotidien plus facile pour une population française que l’on sait vieillissante.

Bref, il faudrait optimiser la santé des citoyens via une simple « activité physique d’utilité publique » accessible à tous. Ce « sport du quotidien » supposerait un changement complet de perspective valorisant, notamment, un rapport au corps soucieux de sa préservation pour vivre mieux et non pas de son exploitation pour « performer ». Une conception du sport qu’aurait sans doute défendu Léo Lagrange.

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