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Publié le 21 janvier 2007 par Webmestre
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Rupture : l’effet boomerang.

Article mis en ligne le 22 février 2009 par Webmestre  

Il est fascinant d’observer comment, à un moment donné, tout ce qui a pu faire la force d’un homme menace de se retourner contre lui, avec la violence d’un boomerang. Dans la conquête du pouvoir, la "rupture" avait été l’arme fatale de Nicolas Sarkozy, à la fois contre la gauche et contre son propre camp. Aujourd’hui, elle le menace car elle crée du désordre. La gestion de la crise antillaise est, à cet égard, un cas d’école, pur condensé des dérèglements de la méthode Sarkozy. Au sommet de l’Etat, une volonté proclamée, celle de rompre avec le système Chirac, sans que soit pour autant formulée une doctrine de substitution. Lorsque la révolte éclate, pas de cap, un grand vide. À la base, un manque évident de capteurs qui ne résulte pas seulement de l’affaiblissement des relais de la droite outre-mer : on apprend qu’en seize mois la Guadeloupe a connu trois préfets. Cette instabilité préfectorale n’est pas le propre de l’île : depuis 2007, pratiquement tous les préfets de France ont été changés par un président de la République qui entend affirmer son autorité et s’assurer des relais fiables.

Sur le terrain, la conséquence est immédiate : la chaîne des contacts qui permet de bien sentir un climat est brisée. L’arroseur devient l’arrosé. Troisième dysfonctionnement : entre la base et le sommet, la pyramide de responsabilités politiques ne fonctionne pas normalement : au-dessus d’Yves Jego, le secrétaire d’Etat à l’outre-mer, désavoué en pleine négociation, il y a en principe Michèle Alliot-Marie, la ministre de l’intérieur et de l’outre-mer, puis François Fillon, le premier ministre, puis Nicolas Sarkozy, le président de la République.

Mais lorsque le premier a été désavoué en pleine négociation, la seconde est restée muette, laissant le troisième gérer comme il l’a pu le conflit, sous la coupe du quatrième qui n’a pas supporté très longtemps de rester silencieux. Les fusibles caractéristiques de la Ve République ne jouent pas. Le principe de la solidarité gouvernementale non plus, révélant les effets pervers du mode de management Sarkozy : pas de jeu d’équipe, concurrence à tous les niveaux, valorisation des gagnants, humiliation des perdants.

La rupture avait son corollaire : l’hyper présidence. Elle était supposée venir à bout de tous les maux français. Le candidat Sarkozy en avait fait un puissant argument de campagne lorsque le pouvoir chiraquien, anéanti par le non au référendum sur le traité européen en 2005, semblait frappé par l’impuissance et l’irresponsabilité. Mais un seul homme ne peut pas tout gérer tout seul. Pour tenir au long cours, il lui faut une équipe, des relais, des fidélités, une structure et plus encore des réseaux, comme avaient su s’en constituer François Mitterrand et Jacques Chirac. La rupture était peut-être un bon slogan. Elle n’est pas une méthode de gouvernement.

Françoise Fressoz

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