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Publié le 5 novembre 2006 par Webmestre
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PS : la refondation s ?gol ?niste, par Michel Noblecourt

Article mis en ligne le 30 novembre 2006 par Webmestre  

Investie, le 26 novembre, par un congrès extraordinaire, candidate du Parti socialiste à l’élection présidentielle, Ségolène Royal a vu dans sa désignation "un geste révolutionnaire". De fait, en plébiscitant, le 16 novembre, la présidente du conseil régional Poitou-Charentes, dotée d’une série de records - 60,65 % des voix, une position majoritaire dans 95 fédérations sur 105 -, les militants socialistes ont tourné la page du parti d’Epinay, celui qu’avait refondé François Mitterrand en 1971.

PS, parti "ségoléniste" ? Le "séisme" du 16 novembre, où une candidate a été adoubée après avoir construit sa popularité en rupture avec la "vieille maison" et en ayant d’abord contourné le PS, jette les bases d’une refondation "ségoléniste".

Nullement intimidée par la morgue des éléphants qui pronostiquaient et espéraient son échec, Mme Royal a gagné en recourant aux armes de la démocratie d’opinion et de la démocratie participative. Michel Rocard, en son temps, avait déjà théorisé sur le bon usage de la première : "L’impératif de légitimité, écrivait-il dans Le Coeur à l’ouvrage (Odile Jacob, 1987), suppose de ne heurter personne, de savoir inspirer confiance par le discours, l’écoute ou les services rendus, de pouvoir capter, exprimer puis éventuellement traduire en actes les aspirations collectives, quelle que soit leur nature ou à peu près." Après la victoire du non au référendum de 2005, Laurent Fabius s’était laissé aller à dire, le 22 septembre 2005 : "Je veux coller à ce que souhaitent les Français." Mais jamais un candidat ne s’était laissé porter à ce point par la vague sondagière. A cet outil ancien, l’ancienne ministre a ajouté, là aussi en dehors du PS, un recours, nouveau et intensif, à la démocratie participative, à travers son association, Désirs d’avenir, et Internet. Mais, à la différence de François Mitterrand, elle n’a pas fait d’OPA sur le PS. Elle n’est pas venue de l’extérieur. Elle y milite depuis plus de vingt-cinq ans, même si elle n’y a pas exercé de fonctions dirigeantes, à l’exception d’une éphémère présidence du conseil national, fin 1994, qu’elle abandonna pour tirer l’alarme sur les dangers de... la primaire entre Lionel Jospin et Henri Emmanuelli.

Inscrivant sa démarche, dès 1984, dans celle des "transcourants" de François Hollande, absente du congrès de Rennes (1990), silencieuse à celui du Mans, qui se solda, il y a un an, par une "synthèse", elle est toujours restée en marge. Mais elle n’a pas eu à prendre le pouvoir au PS. Il lui a rendu les armes, sans lui opposer beaucoup de résistance malgré ses mises en cause iconoclastes et répétées des Tables de la loi. L’appareil a été contraint de s’incliner au point même d’en faire, dès le démarrage de la campagne interne, sa candidate. Animés d’une volonté de renouveau et sensibles à l’argument du vote utile - investir celle que les sondages désignaient comme la seule capable de battre Nicolas Sarkozy -, les militants lui ont, selon la formule de Jean-Christophe Cambadélis, lieutenant de Dominique Strauss-Kahn, donné "tous les moyens". Les nouveaux adhérents - qui ont porté le nombre de membres du PS de 127 414, en novembre 2005, à 220 269 - se sont déterminés au diapason des sympathisants testés par les sondages en lui accordant la majorité de leurs suffrages.

Bénéficiant d’une position de force sans précédent, Mme Royal a donné des gages au PS. Le siège du parti sera celui de sa campagne, le bureau national son conseil politique. Elle s’offre même la liberté de relancer une campagne "participative et décentralisée, plus près des gens", jusqu’en janvier, en s’appuyant sur les élus et les premiers fédéraux du PS. Elle ne prend pas le parti, mais elle capte sa force. Elle s’appuie sur l’appareil, mais elle garde les coudées franches. C’est ce que M. Hollande appelle "un dispositif cohérent", le PS et sa candidate devant ainsi travailler "en bonne intelligence". L’empreinte de la refondation ségoléniste, c’est d’abord la méthode. Mais d’autres signes l’amplifient. Elle a accru la présidentialisation du PS, amorcée par François Mitterrand et poursuivie par Lionel Jospin, avec un parti transformé en club de supporteurs. Mais elle a aussi modifié la géographie des courants. La majorité du Mans (53,63 % pour la motion Hollande) a vu se détacher un nouveau courant social-démocrate, qui a apporté 20,69 % des voix à M. Strauss-Kahn. NPS a explosé. M. Fabius a gagné 11 000 voix par rapport au Mans, mais son poids a baissé de 21,17 % à 18,66 %. Voilà le PS doté de deux courants idéologiques, l’un social-démocrate, l’autre "authentiquement de gauche", et ...d’une écurie présidentielle.

UN PARTI D’ADHÉRENTS ET DE SYMPATHISANTS

Mme Royal est aussi parvenue à dépasser le clivage oui-non du référendum de 2005 et à tourner la page Jospin en attendant de tourner éventuellement celle du 21 avril 2002. Elle prend garde de se référer au projet du PS - quitte à lui ajouter, à la faveur de sa campagne participative, quelques "idées neuves" - et obtient même un blanc-seing de M. Hollande pour "l’améliorer, le compléter, le préciser". Mais elle disposera, par rapport au petit livre rose, d’une liberté qu’aucun des candidats qui l’ont précédée n’a eue. Même si M. Hollande proclame qu’"il n’y a pas d’un côté le vieux parti et de l’autre le nouveau", l’avènement de Mme Royal esquisse aussi, potentiellement, un changement de nature du PS. François Rebsamen, numéro deux et co-directeur de campagne, a annoncé, le 26 novembre, qu’il comptait désormais 280 000 adhérents, chiffre jamais atteint depuis 1937 (286 604), et dépassé en 1945, en 1946 - avec un record de 354 878 membres - et en 1947. Là aussi le changement est de taille. Jusqu’en 2005, le PS comptait un tiers d’élus, soit autour de 40 000. La proportion tombe de fait, aujourd’hui, à 14 % ! Ce parti d’élus va-t-il se muer en parti de militants ? Il est, dans l’immédiat, un parti d’adhérents et de sympathisants. Si l’adhésion dépasse l’engouement et devient durable, ses pratiques s’en ressentiront.

En fait, il manque encore à la refondation ségoléniste un corps de doctrine, au-delà de la volonté de changer la politique, d’instaurer un "ordre juste", ou du slogan "le progrès pour tous, le respect pour chacun". Relevant la "filiation mitterrandienne" de Mme Royal et l’influence du "pragmatisme" de Jacques Delors, Alain Bergounioux, secrétaire national aux études du PS, historien du parti, ancien rocardien proche de M. Strauss-Kahn, définit ainsi le ségolénisme : "C’est un mélange de mitterrandisme, de réformisme delorien et de socialisme décentralisé." Reste à savoir si cette refondation durera juste un peu plus que le temps des roses - celui d’une campagne - ou si elle accentuera la mue moderniste ou, comme le veut M. Strauss-Kahn, social-démocrate du PS. Cela dépendra du succès ou de l’échec de Mme Royal. Mais, quoi qu’il arrive, il y aura désormais un avant et un après- "Ségolène".

Michel Noblecourt le Monde

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