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Publié le 21 janvier 2007 par Webmestre
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Les salari ?s de Dacia ne veulent pas " ?tre esclaves dans l’Union europ ?enne".

Article mis en ligne le 12 avril 2008 par Webmestre  

Après 19 jours de grève, les ouvriers de Dacia, la filiale roumaine de Renault, ont décidé, vendredi 11 avril, de reprendre le travail. Un accord prévoyant une augmentation de 28 % du salaire de base a été signé avec la direction. On est loin des 65 % revendiqués par les ouvriers, mais ils ont obtenu une centaine d’euros de revalorisation en deux temps, plus une prime annuelle minimum de 249 euros. Un compromis, qui a permis, dans l’après-midi, de redémarrer les lignes de production de l’usine de Pitesti, à une centaine de kilomètres de Bucarest.

La veille, tel un baroud d’honneur, 2 000 ouvriers avaient tenu meeting dans la ville, place Vassile-Milea, au pied des immeubles construits sous feu Ceausescu et colonisés aujourd’hui par les boutiques de téléphones portables, les banques et les magasins de luxe qui contribuent à l’édification du capitalisme. Sur une bannière, une inscription était griffonnée : "Roumanie, réveille-toi ! Nous ne voulons pas être esclaves dans l’Union européenne [UE]." Au-delà de ce débat sur le niveau de vie dans les nouveaux pays adhérents à l’UE, Renault est victime du succès de la Logan, la voiture à bas coûts assemblée depuis 2004 dans sa filiale roumaine rachetée en 1999. Les vastes ateliers plantés à 20 kilomètres de Pitesti, au milieu de la campagne, tournent à plein régime : 235 000 modèles sont sortis en 2007, 350 000 sont prévus cette année.

Les 14 000 ouvriers entendent aujourd’hui avoir leur part de cette croissance. D’où le dialogue de sourds pendant trois semaines entre la direction et des salariés. "Comment voulez-vous vivre avec ça ?", se plaint Cristinel Carciu, 40 ans, en brandissant son relevé de salaire, pas plus large qu’un ticket de tombola. "On nous fait miroiter en vitrine des tas de jolies choses alors que nous avons déjà du mal à aller à la fin du mois", estime-t-il après vingt-trois ans passés à l’atelier de pressage.

"Les prix augmentent, mais les salaires ne suivent pas, se lamente Georgeta Turturica, 40 ans, également arrimée à une presse depuis plus de vingt ans. Nous ne sommes pas près d’acheter les voitures que nous fabriquons." Gheorge Gheorghu, 40 ans, lui, a bien une Dacia mais c’est un modèle de 1986, équivalent à notre R12, dont le compteur kilométrique a déjà fait plusieurs tours complets. "Je prends le bus pour me rendre au travail parce que l’essence est trop chère", dit-il. Cet installateur mécanique habite encore chez ses parents. "Avec la chute du communisme, je pensais que nous arriverions à votre niveau. Avec l’entrée dans l’UE, je l’ai un peu plus cru. Mais nous en sommes encore très loin", juge-t-il.

Le salaire d’Ion Diacomescu, 42 ans, qui travaille au montage depuis vingt-quatre ans, ne lui permet pas de nourrir sa femme et ses deux enfants. Alors, après avoir monté des voitures dans la journée, l’homme monte des fenêtres le soir pour boucler son budget. Ion Nitu, 32 ans dont déjà douze chez Dacia, a appris le montant du salaire d’un ouvrier français de Renault. "J’en suis resté bouche bée, se souvient-il. En Europe, on ne devrait pas gagner un revenu différent pour le même travail." A Pitesti, l’usine fait vivre les familles. Le grand-père et le père de Cosmin Reileanu, 21 ans, faisaient déjà des voitures. Le jeune homme travaille à son tour depuis trois ans à l’atelier carrosserie. Il a un enfant, Andrei, encore au berceau. "Bien sûr, j’aimerais qu’il reprenne le flambeau plus tard mais j’aimerais encore plus qu’il ait enfin un mode de vie décent que moi, mon père et mon grand-père n’avons pas eu", explique-t-il. Liliana Dobre, 18 ans, a des parents salariés du constructeur. Elle étudie encore au groupe scolaire Dacia. "Moi, je n’accepterai pas de travailler pour ce genre de salaire, jure-t-elle. Je préfère partir à l’étranger."

"RATTRAPER LE TEMPS PERDU"

Cet appétit de consommer, Liviu Ion, 43ans, assure le comprendre. Le directeur de la communication du groupe est d’une plaisante franchise. "Chacun a soif de rattraper le temps perdu, de vivre au plus vite tout ce qu’on n’a pas pu vivre pendant la période communiste, assure-t-il dans un français impeccable. On a tenu aux gens des discours mirobolants sur l’entrée de la Roumanie dans l’UE. Alors ils veulent vivre comme un Français, c’est normal. Mais ça ne pourra pas se faire tout de suite, en un claquement de doigts. Il nous faudra du temps, dix ans, peut-être vingt. Il faut être réaliste." La direction fait valoir que les salaires chez Dacia ont augmenté de 140% entre 2003 et 2007, quatre fois plus vite que l’inflation officielle sur cette période. Une Logan valait l’équivalent de 38 mois de salaire en 2004 contre 19 aujourd’hui. Le différentiel avec les ouvriers français était de 1 à 16. Il ne serait plus que de 1 à 6.

Dacia indique que six autres usines du groupe Renault dans le monde fabriquent la Logan, avec souvent, comme au Maroc ou en Inde, des salaires encore inférieurs. Et puis il y a les Moldaves, à côté, qui ne demandent qu’à venir travailler à ce prix-là... Une entreprise textile roumaine a même fait venir de la main-d’œuvre chinoise ! "On nous dit que nous sommes membres de l’Europe, poursuit en français le responsable syndical. Mais, pour l’heure, seuls les prix nous le rappellent."

Benoît Hopquin

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