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Le soutien aux sans- papiers nouvelle pratique politique ?
Spontan ?, autog ?r ?, puissant le mouvement de r ?sistance civique ? la circulaire Sarkosy a surpris par son ampleur et son aspect novateur.

Article mis en ligne le 4 novembre 2006 par Webmestre  

Des centaines de comités de soutien dans les écoles, les collèges et les lycées. Des parents d’élèves mobilisés, week-end et vacances compris, forfaits de téléphone explosés, pour défendre un élève, un voisin, un copain de jeu...l’incroyable vague de soutien aux élèves étrangers sans papiers est l’un des mouvement sociaux les plus puissants et les plus novateurs de ces dernières années. Cette lame de fond regroupée sous l’étiquette réseau éducation sans frontières (RESF) est loin d’être retombée. Ce mouvement de désobéissance civile, qui va même jusqu’à cacher des familles pour les soustraire à la police, questionne d’autant plus la société française qu’il s’épanouit alors que le pays est réputé morose, pétri de peurs. Comment cette solidarité a-t-elle pu éclore en à peine plus d’une année ? Par quel miracle la figure si longtemps diabolisée de l’immigré - pire, du clandestin, symbole de pauvreté voire de criminalité- est-elle devenue un vecteur de solidarité ? Paris. Lycée Maurice Ravel, le 3 octobre dernier. Dans cet établissement très en pointe lors des manifs anti-CPE, un élève de terminale d’origine colombienne, Cristian C., vient de recevoir un arrêté d’expulsion. Aussitôt une cinquantaine d’élèves se réunissent, invitant profs et parents à les rejoindre. La parole circule, les idées fusent. A la deuxième réunion, un comité Ravel anti-expulsion est déjà sur pied, lançant pétition, blog, liste e-mail et permanences téléphoniques en cas de coup dur. Arrivé en France en 2001 avec sa mère et son frère aîné, à l’âge de 13 ans et demi, Cristian ne rentrait pas dans les critères de la fameuse circulaire Sarkosy de juin 2006 exigeant une présence en France depuis l’âge de ...13 ans. Sa demande d’asile politique ayant également été refusée, voilà la famille C. menacée de faire ses valises. Paris recense pas moins de cent cinquante comités de ce type. A Clermont-ferrand, l’enseignante Corinne Mialon ne s’étonne plus de voir des rassemblements de cinq cents personnes devant la préfecture, fait pourtant exceptionnel dans cette ville moyenne qui compte « seulement » une trentaine de familles ou de mineurs étrangers menacés.

Autour des enfants et du lieu symbolique de l’école se sont ainsi retrouvés enseignants et parents d’élèves qui ont tout de suite élargi le cercle traditionnel de soutien aux immigrés : « Dès que des Français, dans leur entourage, entrent en contact direct avec une famille de sans-papiers, ils voient bien que ce sont des gens comme eux qui aspirent à une vie tranquille » dit l’anthropologue Emmanuel Terray. Cet africaniste à la retraite a rejoint le mouvement des sans-papiers dès 1998 , lors de l’expulsion de l’église Saint-Bernard, choqué que la France traite si mal des Africains qui l’avaient accueilli toute sa vie professionnelle « comme un prince »

Les fondateurs historiques de RESF, comme le prof de lycée de Châtenay-Malabry Richard Moyon ou l’instituteur à la retraite Pierre Cordelier, sont eux-mêmes surpris par l’ampleur de cette solidarité.

Tout a commencé par une classique réunion à la bourse du travail, à Paris, le 26 juin 2004. Le mouvement de soutien aux sans-papiers patine depuis quelques années, de grèves de la faim en occupation d’églises. Les innombrables collectifs sont plus divisés que jamais. Un groupe d’enseignants, syndicalistes et militants associatifs propose alors de recentrer l’action sur les mineurs : Il est inconcevable d’imaginer nos élèves, les copains de nos enfants, menottés, entravés, bâillonnés et scotchés à leurs sièges d’avion, écrivent-ils, pendant que leurs camarades étudieraient paisiblement Eluard (J’écris ton nom,Lliberté) ou Du Bellay (France, mère des arts, des armes et des lois). » Très vite, l’appel fait mouche. La politique de Nicolas Sarkosy visant à faire du chiffre, avec un objectif affiché de 25 000 expulsions en 2006, provoque d’innombrables situations d’urgence. Elle entraîne aussi un zèle des policiers, qui vont jusqu’à chercher dans les classes certains enfants pour les expulser avec leurs familles.

Courant 2005, la bronca prend forme. « Je ne suis pas une habituée des manifs, mais j’ai un moteur : j’ai horreur de l’abus de pouvoir. A RESF, j’apprends au fur et à mesure. Je suis une novice, comme beaucoup d’autres », reconnaît Pia Monnier, qui a pris conscience de la question des sans- papiers dans l’école de son fils, à Paris, avec le cas d’une famille chinoise, les Zhang. Comme beaucoup de ces nouveaux militants, elle découvre l’arbitraire de l’administration, les préfectures qui interprètent les circulaires à leur guise. Jérôme Chandler, un autre parent d’élèves, s’est rendu compte que les individus les plus mobilisés du groupe scolaire, Plaine-Grands-Champs, à Paris, descendaient d’enfants juifs cachés dans les années 40 ou avaient des liens familiaux avec eux. Le slogan de RESF

-  « pas une chaise vide à la rentrée »- a résonné comme une invitation à la résistance chez bien des parents, « même si la France d’aujourd’hui n’a évidemment rien à voir avec celle de Vichy », s’empresse d’ajouter Jérôme chandler. Nicolas Sarkosy, qui ne supporte pas ce parallèle historique a-t-il néanmoins choisi par hasard Arno Klarsfeld comme médiateur ?

Le ludion médiatique, censé mettre de l’huile dans les rouages de la circulaire Sarkosy, est avocat, certes, mais surtout fils de Serge et Beate, qui n’ont eu de cesse de traquer les criminels nazis.

Officiellement, l’affaire des enfants sans-papiers scolarisés est close. Concédée par le ministre de l’Intérieur sous la pression de RESF, la circulaire du 13 juin 2006 a permis la régularisation de 6 924 étrangers. Mais ce quota de papiers a été distribué dans une fausse transparence : « Beaucoup d’étrangers qui rentraient dans les six critères n’ont pas été régularisés », s’indigne Brigitte Wieser, de RESF Paris.

L’hypocrisie est totale puisque des dizaines de milliers de sans-papiers resteront en France sans statut. RESF ne va pas manquer de travail dans les mois qui viennent. Ce réseau qui se flatte de ne posséder ni directeur ni cartes d’adhésion, fonctionne avec et comme le web : il s’étend d’école en école, sans repasser par le sommet. Un nouveau comité peut se créer en s’autoproclamant RESF, épaulé par un plus ancien. Ce système, qui marche au consensus, à l’autogestion et aux multiples listes de discussion sur Internet, donne un « joyau bordel », comme dit hilare, Brigitte Wieser, l’un des piliers du réseau. A la différence d’Attac, RESF arrivera-t-il à conserver cette pratique démocratique ? Faut-il créer une organisation plus classique au risque de perdre de la spontanéité ? Le débat n’est pas tranché alors que, la gauche a approché certains membres pour les faire figurer en bonne place aux prochaines législatives. « Je n’accepterai aucun poste en dessous de président de la république ! » Ironise Richard Moyon, l’un des fondateurs du mouvement, venu de l’extrême gauche. Pour preuve du formidable succès de RESF, il brandit fièrement une récente enquête d’opinion : 73% des Français interrogés (1) estiment qu’il faut régulariser les immigrés sans-papiers ayant un contrat de travail et/ou des enfants solarisés en France. Il y a deux ans, la proportion aurait été sans doute été inverse.

Thierry Leclère.

(1) Enquête Lh2 20 minutes/ RMC, 6 et 7 octobre 2006.


Sur le WEB : les sources : T ?l ?rama,Thierry Lecl ?re.
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