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Publié le 21 janvier 2007 par Webmestre
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Le pr ?sident, les sans-papiers et les valeurs, par Louis Maurin.

Article mis en ligne le 1er avril 2008 par Webmestre  

Monsieur le président de la République, vous avez dit être prêt à écouter ceux qui ne pensent pas comme vous, mais qui proposent des solutions pour avancer. Alors, osons une suggestion. Il est l’heure de mettre autour d’une table toutes les parties concernées pour déterminer les conditions de la régularisation d’une partie des étrangers sans papiers qui vivent en France. Notre pays suivrait en cela la voie ouverte par la plupart de nos voisins européens, Espagnols, Italiens, Britanniques ou Néerlandais.

La situation devient intenable localement, intolérable pour les personnes concernées comme pour celles qui vivent au quotidien avec elles. Vous devez l’entendre. La mise en scène répétée du renvoi dans leur pays d’origine d’enfants, de femmes, de personnes âgées ou de ceux qui ont travaillé des années en France heurte les valeurs d’une partie des citoyens, de tous âges, de tous milieux et de toutes tendances politiques. Cette situation n’aurait-elle pas, elle aussi, influencé le choix des électeurs lors des récentes élections municipales ? L’école qui sert de bureau de vote est parfois celle dans laquelle étudie un enfant menacé d’expulsion. Les parents en particulier le ressentent vivement.

Dans les discussions publiques ou privées, nombreux sont ceux qui sont en désaccord avec la politique actuelle du droit au séjour. Du commerçant au cadre de l’UMP, de l’instituteur à la mère de famille, les mouvements de soutien aux personnes expulsables dépassent largement les groupes militants de gauche.

Mais cette France du quotidien reste le plus souvent inaudible. Elle s’efface devant l’argumentaire de ceux qui jouent sur la peur de l’étranger et utilisent une population démunie comme bouc émissaire des difficultés de la société française. Monsieur le président, cette Nadia de 6 ans et demi, regardez-la en face. Si vous deviez vous-même la prendre par la main pour la reconduire à la frontière, vous n’en seriez pas capable. Comme aucun citoyen français qui porte les valeurs de notre République.

Intenable la situation en devient incompréhensible. Les forces de renseignement ou de sécurité déployées sont disproportionnées face à la menace que représentent ces personnes, quand la lutte contre l’insécurité est une priorité. Le ministre de l’immigration a peiné à atteindre 21 000 "éloignements" en 2007, alors que notre pays a accueilli l’an dernier 70 000 immigrés supplémentaires, selon l’Insee.

PREUVE D’HUMANITÉ

Que représentent ces 21 000 de moins en France, alors que notre population s’est accrue, au total, de 361 000 personnes la même année ? Menacent-elles notre identité culturelle, comme on l’a dit des Italiens dans les années 1920 en les comparant à des "sauterelles" envahissantes ? Notre économie ? La politique de sécurité (administrations préfectorales, forces de police, transports, aide au retour...) mobilise des ressources énormes, qui font défaut à l’intégration. Doit-on craindre un "appel d’air" quand nos voisins qui ont opté pour la régularisation ne l’ont pas ressenti ?

Vous avez dit vouloir faire œuvre de fermeté et de justice. La France peut rester assez ferme à ses frontières et tolérante à l’intérieur pour ceux qui manifestent le souhait de s’y intégrer. Elle ne peut pas accueillir tous ceux qui le souhaiteraient. Tout le monde en convient.

Notre pays a néanmoins les moyens de faire plus, comme il l’a fait tout au long de son histoire et comme d’autres le font. La France demeure un pays parmi les plus riches au monde. Si nous avions accueilli en 2007 autant d’immigrés légaux que les Etats-Unis en proportion de notre population, notre solde migratoire aurait été presque trois fois supérieur.

La France doit, comme ses voisins, faire preuve d’humanité. Au fond, elle ne doit pas régulariser pour des raisons d’efficacité économique, même si elles existent. Elle doit le faire car cela fait partie de ses valeurs, comme chacun accepte l’idée de la fraternité. Il s’agit d’une véritable question d’honneur national : elle ne peut en son âme et conscience se regarder en face et assumer le départ d’un enfant qui a vécu sur son sol, de sa mère ou d’un père qui y a travaillé des années. Qu’ils soient dans l’irrégularité ou non.

Au soir de votre élection, vous aviez lancé un appel "à tous ceux qui dans le monde croient aux valeurs de tolérance, de liberté, de démocratie et d’humanisme, à tous ceux qui sont persécutés par les tyrannies et par les dictatures, à tous les enfants et à toutes les femmes martyrisés dans le monde pour leur dire que la France sera à leurs côtés, qu’ils peuvent compter sur elle". Ils vous ont écouté. Si les mots ont un sens, Monsieur le président, vous pouvez passer à l’acte. Certains diront que vous avez changé ? Et alors ? La très grande majorité vous en sera reconnaissante.

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