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Publié le 21 janvier 2007 par Webmestre
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Le lourd d ?senchantement des classes moyennes !

Article mis en ligne le 7 mars 2009 par Webmestre  

A la faveur de la crise, Nicolas Sarkozy a redécouvert les classes moyennes. Dans le second collectif budgétaire pour l’année 2009, qui va être soumis au Parlement, le président de la République a fait inscrire une réduction des deux tiers de l’impôt sur le revenu pour environ 6 millions de ménages. Cette soudaine attention pour une catégorie dont le vote sera décisif à l’élection présidentielle de 2012 intervient au moment où une étude du Credoc (Consommation et modes de vie, n° 219, mars 2009) confirme le "désenchantement" de ces classes moyennes, qui ont subi plus douloureusement que d’autres un ralentissement de la croissance, qui a accru les inégalités.

Pour le Credoc, les classes moyennes rassemblent 50 % de la population ; elles gagnent entre 1 120 et 2 600 euros par mois avant impôt ; 30 % de cette catégorie diposant d’un revenu mensuel se situant en dessous de 1 750 euros pour une personne seule constituent les classes moyennes inférieures, coeur de cible de M. Sarkozy. Au-dessus, les catégories aisées représentent 10 % de la population et les hauts revenus 10 %. Au-dessous, 20 % sont dites "modestes" et 10 % (moins de 780 euros par mois) "pauvres".

L’étude du Credoc réalisée par Régis Bigot évite le catastrophisme. Elle récuse ainsi l’idée d’une "paupérisation" - même si nombre d’indicateurs vont dans le sens d’un appauvrissement - en soulignant que, sur les trente dernières années, le pouvoir d’achat a progressé - de 83 % entre 1970 et 2004 -, au point que le niveau de vie de cette catégorie a presque doublé. Mieux : à l’opposé du déclin observé aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, les classes moyennes se sont développées, passant de 47,9 % de la population en 1981 à 52,1 % en 2000.

"Sous pression", selon la formule du Credoc, les classes moyennes connaissent pourtant un lourd désenchantement qui tient en un chiffre : une personne sur deux vit, une fois que ses impôts ont été payés, avec 1 467 euros par mois. Sur cette somme, 38 % (21 % en 1979) sont consacrés aux "dépenses contraintes" (loyer et charges, eau, gaz, électricité, téléphone, assurances), et d’autres frais incontournables, comme l’alimentation, le transport, l’éducation et la santé, représentent en moyenne 615 euros. Une fois ces prélèvements effectués, il ne reste, selon le Credoc, que 294 euros par mois pour les loisirs, les vacances, l’habillement, l’équipement et, si cette marge étroite le permet, l’épargne...

Conséquence : en 2008, parmi ces classes moyennes ayant un "budget médian", 48 % ne sont pas partis en vacances, 37 % se sont privés de cinéma et, précise encore le Credoc, "34 % n’ont pas de voiture, 50 % n’ont pas accès à Internet à domicile, 40 % n’ont pas de produit d’épargne liquide".

En comparaison, entre 1979 et 2005, le poids des "dépenses contraintes" est passé de 19 % à 29 % pour les catégories aisées et de 24 % à 48 % pour les catégories pauvres. Une fois réglées les dépenses incompressibles, il reste aux 10 % les plus riches 1 474 euros par mois - soit l’équivalent du "budget médian" d’une personne appartenant à la classe moyenne - pour les vacances, l’habillement, l’équipement ménager et l’épargne. Quant aux 10 % les plus pauvres, ils gardent en poche 80 euros...

Avec la sévère récession qui s’annonce pour 2009, la pire depuis la Libération, les classes moyennes et les revenus modestes vont figurer au premier rang des victimes de la crise. Le regain d’inflation en 2007 et 2008 a "sans doute joué un rôle déterminant dans l’impression de perte de pouvoir d’achat des classes moyennes".

L’envolée du pétrole, le renchérissement des denrées alimentaires et la hausse soutenue des loyers (+ 3,4 % par an durant les vingt dernières années) ont durement pénalisé les classes moyennes et les couches populaires, parce qu’elles consacrent une part "proportionnellement plus importante dans leur budget" aux dépenses de logement, d’alimentation et d’énergie. En revanche, selon le Credoc, seules les catégories aisées - qui ont "davantage bénéficié des baisses d’impôt direct ces dernières années" - "semblent avoir été épargnées par l’inflation récente".

Le temps des restrictions semble s’imposer avec une force comparable à celle de la progression des inégalités. Selon le Credoc, en 2008, 72 % des classes moyennes "inférieures" "déclarent devoir s’imposer régulièrement des restrictions sur certains postes de leur budget", contre 64 % en 1980. Pour les catégories modestes, le pourcentage passe de 71 % à 80 % et, pour les catégories pauvres, il est quasiment stable (de 73 % à 75 %). A l’opposé, les titulaires de hauts revenus ne sont que 29 % à s’imposer des restrictions, contre 40 % en 1980. Depuis trente ans, l’amélioration générale du confort des habitations explique aussi la hausse du coût du logement.

Autre signal inquiétant que souligne le Credoc : "l’éloignement de la perspective d’une ascension sociale". En prenant en compte le rythme actuel de hausse du pouvoir d’achat, il faudra trente-deux années aux classes moyennes pour "atteindre le niveau de vie des catégories aisées". Dans les années 1960, au temps des "trente glorieuses", la perspective pour espérer le seuil du dessus était de onze années. L’ascenseur social reste en panne. Et la crise risque de sinistrer davantage ce paysage, rendant les inégalités plus douloureuses.

Par Michel Noblecourt

LE MONDE

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