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Publié le 5 novembre 2006 par Webmestre
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Le PS ? l’heure de la mutation.

Article mis en ligne le 28 juin 2007 par Webmestre  

Après la nette victoire de Nicolas Sarkosy et les tentatives remarquées de Ségolène Royal pour s’affranchir de certains dogmes socialistes, le débat s’est ouvert le soir même de l’élection. Le PS doit accomplir la mutation effectuée par la plupart de ses homologues européens et proclamer clairement son choix de la social-démocratie pour éviter le pire : la victoire du libéralisme le plus violent. Vieux débat dont les termes remontent à plus d’un siècle mais qui pose aujourd’hui des questions inédites et plus complexes qu’il n’y paraît.

A la charnière du XIX et du XX siècle, les socialistes français, encore divisés bien que réunis en 1905 dans la SFIO, débattaient déjà du réformisme ou de révisionnisme. Celui qui avait mis le feu aux poudres était le socialiste allemand Edouard Bernstein (1850-1932), qui, croyant plus en l’essor des classes moyennes que dans l’effondrement du capitalisme, partit en guerre contre « les dogmes périmés » et préconisa le réformisme contre la révolution. En France, la participation à un gouvernement « bourgeois » du socialiste Alexandre Millerand relança le débat entre réforme et révolution. Pour Jean Jaurès, la première susceptible d’améliorer le sort des travailleurs et de conduire à une société socialiste, ne devait pas être négligée. Quant à la seconde, référence obligée, elle devait rester une utopie bienfaitrice dans la mesure où elle s’accomplirait presque naturellement. Mais le leader socialiste rejetait la révolution pour la révolution, mot trop sonore et confortable. En 1903, il asséna aux partisans d’un marxisme sommaire et d’une prise du pouvoir violente un mot assez dur : « C’est la politique de la facilité, c’est la politique de la suprême paresse... » Au sein de la deuxième Internationale, les socialistes français, révolutionnaires, et les sociaux-démocrates allemands divergent sur la conquête du pouvoir. Le désaccord a aussi des causes autres que théoriques. Les allemands vivent sous un empire peu indulgent en matière de libertés politiques mais socialement avancé, alors que les français jouissent des libertés publiques mais doivent faire face à un patronat et à un sénat qui ont toujours retardé les lois sociales, farouchement opposés à l’intervention de l’Etat dans le domaine économique et social. La première guerre mondiale, brisant la deuxième Internationale, rejeta dans les tranchées ces débats théoriques. Pourtant, dès 1920, ils resurgissent lors du congrès de Tours, qui vit la scission entre « majoritaires » bolcheviques, désireux de calquer le socialisme français sur la révolution russe, et « minoritaires », déterminés à défendre la « vieille maison » socialiste.

Léon Blum déploie alors des trésors de rhétorique pour maintenir la cohérence d’un socialisme soucieux de faire légalement avancer les réformes, sans évacuer pour autant la lutte des classes. Il condamne le nouveau parti communiste, mais ne peut totalement congédier la perspective révolutionnaire du discours socialiste. Il s’adosse donc sur la seule doctrine disponible, celle de Jaurès réunissant à la fois « l’idéal moral » et « l’éveil des consciences », les réformes étant « comme les travaux d’approche de la transformation sociale ». Une feuille de route qui se distinguait néanmoins du réformisme, maintenant l’idée que les réformes seules ne pouvaient mener à bien la transformation sociale.

Occasion ratée ? Le difficile exercice du pouvoir, confrontant les doctrines aux réalités du gouvernement en 1936, la seconde Guerre mondiale, la puissance du PC à la libération et, plus tard, le fourvoiement de la SFIO de Guy Mollet pendant la guerre d’Algérie, ne contribuèrent pas à résoudre les données d’un mariage jugé insoluble : réforme ou révolution, social-démocratie ou socialisme à la française. En 1959, au congrès de Bad Godesberg, le parti social-démocrate allemand (SPD) s’affranchit définitivement de ces hésitations en rompant avec le marxisme, prenant acte de l’économie de marché qu’il ne s’agit plus que d’encadrer. Une option qui n’est pas encore a

dmise en France. Au congrès d’Epinay, en 1971, François Mitterrand, prenant la tête du PS, déclarait encore : « Celui qui n’accepte pas la rupture avec la société capitaliste, celui-là ne peut pas être adhérent au Parti Socialiste. » Cinq ans plus tard, dans L’Unité (15 mai 1976), il modulait : « Entre le communisme et le capitalisme s’ouvrent de vastes étendues que la social-démocratie n’a que timidement explorées et que le socialisme de demain, en particulier le socialisme français, devra défricher, puis ensemencer... » Dans l’Abeille et l’Architecte (1978), reconnaissant à la social-démocratie suédoise sa capacité à redistribuer les revenus, il lui reproche encore de ne pas avoir « frappé le capitalisme au cœur : la propriété des grands moyens de production ».

Une fois au pouvoir, le PS effectua pourtant le virage de la « rigueur » dès 1982, enregistrant du bout des lèvres l’inéluctabilité de l’économie de marché, attitude que l’historien Jean-François Sirinelli qualifie de « Bad-Godesberg rampant ».

De plus en plus rampant quant Lionel Jospin déclare en 2002 : « Mon programme n’est pas socialiste. » Les années 80 ont vu s’opérer un basculement idéologique. Se font face, selon l’économiste Michel Albert un modèle rhénan soucieux de cohésion sociale et un modèle anglo-saxon plus brutal. Alors ? Que faire ? Entre perte d’identité et prise de conscience d’une modernité indispensable, le PS d’aujourd’hui semble se résoudre, pour ne pas mourir, à changer et à devenir clairement social-démocrate.

Loin d’être simple, l’opération, si elle se fait, posera plus de questions qu’elle n’apportera de réponses. Les premières concernent la culture politique et sociale hexagonale. Les principes de conciliation, les pratiques de négociation, essentiels au fonctionnement de la social-démocratie, sont-ils possibles en France où le taux de syndicalisation est un des plus faibles d’Europe ? Sur quelles bases sociologiques le PS peut-il s’appuyer ? Comment peut-il appréhender le nouveau conflit entre travailleurs stables et précaires qu’avait vu naître le sociologue Robert Castel au lendemain des grèves de 1995 ? Au-delà de ces questions, propres à notre pays, d’autres ne manqueront pas de surgir, plus générales et liées à l’évolution de l’économie et des sociétés contemporaines : comment concilier la primauté du social et la culture dominante de l’individualisme ? L’utopie nécessaire et l’obligation de résultat ?

La social-démocratie, a-t-elle encore les moyens de corriger les effets néfastes du marché ? Chercheur au centre d’études et de recherches internationales, Zaki Laïdi résume l’équation à laquelle le PS va se trouver confronté : « Comment revivifier le réformisme social-démocrate dans un contexte marqué par une triple mutation : le durcissement du système capitaliste, l’individualisation des préférences et des choix et, enfin, la mondialisation des échanges et des signes qui intègre, amplifie et reformule ces tendances au niveau planétaire, en les radicalisant ? »

Les cadres traditionnels de la social-démocratie se sont redessinés : moins l’état que les marchés mondialisés, moins le salariat que ses formes éclatées, moins la demande de lien social que l’encouragement aux promotions individuelles. Et surtout, la dimension des problèmes a changé : la demande de travail est devenue mondialisée et non plus seulement européenne. Et Zaki Laïdi d’évoquer alors un « social mondialisme ». Le PS a donc du pain sur la planche. « On est socialiste à partir du moment où l’on a cessé de dire : “Bah ! C’est l’ordre des choses ; il en a toujours été ainsi et nous n’y changerons rien. “ » Leon Blum le disait...en 1919. Aujourd’hui, ça ne suffit plus.

Gilles Heuré.

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