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Jean-Pierre Chev ?nement : ?Les couches populaires feront la d ?cision dans cette ?lection ?

Article mis en ligne le 29 mars 2007 par Webmestre  

Pour Jean-Pierre Chevènement, soutien de Ségolène Royal et président d’honneur du Mouvement républicain et citoyen, il ne faut pas confondre nation et nationalisme, « qui est une maladie de la nation ». Il défend l’idée que la nation est « le lieu de la solidarité ». Il attaque Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen qui ont « des conceptions inégalitaires de la nation ». Concernant les sans-papiers, il préconise une régularisation « sur critères d’intégration ».

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Les propos de Ségolène Royal sur la nation, la marseillaise et le drapeau tricolore suscitent la polémique. Comment l’expliquez-vous ?

Jean-Pierre Chevènement : Il semble que beaucoup de gens confondent la nation et le nationalisme. Ça n’a rien à voir. Le nationalisme est une maladie de la nation. Mais la nation, c’est le cadre de la démocratie, c’est une communauté de citoyens, c’est une conquête de la Révolution française. « Vive la nation ! », c’est le cri de Valmy. La nation est quelque chose de parfaitement sain, comme le patriotisme. Car la nation n’est pas seulement le lieu de la démocratie, c’est aussi le lieu de la solidarité. La sécurité sociale par exemple, c’est dans le cadre de la nation. Par conséquent, (...) nous considérons que la République doit permettre l’expression de la volonté nationale et populaire. Ne pas comprendre cela, c’est faire une grave erreur, et c’est confondre la nation avec le détournement qui en a été fait par la droite et l’extrême droite au cours de l’histoire. Mais je rappelle que dans les grands moments de notre histoire, la gauche a su reconquérir l’héritage de la nation : pendant la résistance, à la libération. Il y a une conception républicaine de la nation qu’on ne doit pas confondre avec les déviations nationalistes, ou avec les conceptions que peuvent en avoir M. Sarkozy ou M. Le Pen. Car ce sont des conceptions inégalitaires de la nation. Le propre du patriotisme républicain est de faire appel à la valeur d’égalité. Ségolène Royal est pour une égalité réelle, à travers notamment un effort accru pour l’éducation. M. Sarkozy est un libéral. Le libéralisme est une idéologie de l’inégalité, qui laisse croître les écarts et qui au contraire considère que c’est parfaitement sain. Quant à M. Le Pen, je n’ai pas besoin de développer davantage : la xénophobie, par définition, est une idéologie inégalitaire. Il en va tout à fait autrement du patriotisme républicain.

Ségolène Royal avait déjà parlé de nation. Mais pourquoi insister sur ce sujet juste après la proposition de Nicolas Sarkozy de créer un ministère de l’immigration et de l’identité nationale ? Ne risque-t-elle pas de donner l’impression de suivre, et de ne pas imposer ses thèmes ?

Au contraire, c’est une manière de marquer une différence essentielle. M. Sarkozy peut bien parler de l’identité nationale, c’est un vrai sujet. Mais ce qui est gravement critiquable dans sa proposition de créer un ministère de l’immigration et de l’identité nationale c’est le « et », la proposition de coordination. Ça n’a rien à voir. Le problème de l’identité nationale, s’il se pose pour les immigrés, se pose aussi pour les autres, notamment pour nos élites, dont on pourrait dire qu’historiquement elle ont failli. Je rappelle les années 30 : « plutôt Hitler que le Front populaire », la collaboration, l’acceptation de la défaite. Et aujourd’hui nos élites sont très multinationalisées. Regardez nos grandes entreprises qui (...) réalisent beaucoup plus leurs bénéfices à l’étranger qu’en France. Et on ne peut pas dire qu’elles manifestent beaucoup de patriotisme économique. (...)

La gauche de la gauche demande à Ségolène Royal de ne pas oublier l’emploi, le logement, l’école, au lieu de parler de la nation. Qu’avez-vous à leur répondre ?

Ségolène Royal n’oublie ni l’emploi, ni l’école, ni le logement. Tout cela figure dans ses propositions. Ce que l’extrême gauche oublie trop souvent, c’est la République. Elle ne la comprend pas. C’est le legs de l’histoire, depuis la Commune. Elle est viscéralement hostile à l’idée républicaine. Ce faisant elle se condamne à l’impuissance.

Est-ce qu’il existe, selon vous, une crise de l’identité nationale ?

Bien sûr qu’il y a une crise nationale en France. Mais qui se superpose à la crise sociale. Elle tient aux difficultés que nous affrontons dans la mondialisation (...), aux asymétries qui existent : dans les écarts de rémunération entre pays (...), avec le dollar, qui permet aux Etats-Unis d’avoir une croissance supérieure à la nôtre. (...) Cette mondialisation inquiète. On a le sentiment que notre tissu industriel fout le camp. Il y a une crise sociale qui est aussi une crise nationale. (...) La France marche aux projets. Aujourd’hui dans la mondialisation, son vrai projet serait une Europe redressée, qui saurait faire reculer le chômage, préserver l’industrie. Mais nous sommes loin de cette Europe qu’il faut redresser. D’où d’ailleurs les propositions que fait Ségolène Royal, en application des accords que nous avons passés, pour par exemple introduire la mention de la croissance et de l’emploi dans les statuts de la Banque centrale européenne ; d’où la volonté qu’on prenne les aspects sociaux et environnementaux dans les règles du commerce international ; d’où le souci d’harmonisation fiscale et sociale à l’échelle européenne ; d’où la proposition d’un gouvernement économique de la zone euro.

Mais cette crise sociale a-t-elle des conséquences sur l’identité nationale et sa conception ?

Bien évidemment. Parce que la France est une nation qui se définit politiquement. Donc quand ça va mal socialement, elle s’interroge sur ce qu’elle devient et sur son projet. Donc le projet de la France mérite d’être clarifié aujourd’hui. On l’a vu avec le référendum du 29 mai 2005, avec une majorité de « non » à près de 55%.

La question des sans-papiers est revenu sur le devant de la scène politique. Ségolène Royal s’est prononcée dimanche pour une régularisation des parents et grands-parents d’enfants scolarisés en France. Lundi, elle parlait d’étudier les situations au cas par cas. Y a-t-il une sorte d’hésitation en la matière ?

Non, il n’y a pas d’hésitation. Il faut toujours partir des réalités. La réalité c’est qu’il y a un vide juridique. D’une part, l’école accueille tous les enfants résidant en France sans contrôler la nationalité de leurs parents, ou leur situation régulière ou non. Donc tous les enfants sont accueillis à l’école publique. C’est une règle à préserver. Mais en même temps cette attitude ouverte, cet accueil de tous les enfants peut favoriser les filières d’immigration clandestine. (...) Donc on peut, en inscrivant ses enfants à l’école, se trouver dans la situation de parents d’enfants scolarisés mais en situation irrégulière. A ce moment-là, il faut quand même un examen précis. Ségolène Royal préconise une régularisation sur critères d’intégration, comme la gauche l’a toujours fait (...).

[Sur les parents d’enfants scolarisés non régularisables], on peut adopter une attitude souple, c’est-à-dire attendre au moins la fin de l’année pour leur manifester que leur présence sur le territoire national n’est pas légale, qu’ils doivent par conséquent retrouver leur pays d’origine et le cas échéant faire l’objet d’une reconduite.

Est-ce que le débat sur l’immigration et l’identité nationale peut faire monter, selon vous, le Front national ?

C’est le lien entre ces deux questions qui peut faire monter l’extrême droite. Au contraire, si on distingue, le problème de l’identité nationale - qui doit être réaffirmé, mais avec un projet clair, celui d’une Europe réorientée (...) - et l’immigration, [ce ne sera pas le cas]. Sinon, cet amalgame ne peut servir que l’extrême droite.

Parlons de votre place dans la campagne. On vous dit écouté par Ségolène Royal. Lui avez-vous soufflé le thème de la nation ?

Elle n’a pas eu besoin que je lui souffle le thème de la nation. Elle en avait déjà parlé il y a quelques mois, et ça lui avait valu de vives critiques au sein du PS. (...) La conception de Ségolène Royal, c’est la nation républicaine, la communauté de citoyens, sans distinction d’origine.

Après 2002, beaucoup, au Parti socialiste, vous en voulaient. Aujourd’hui, votre retour en grâce fait-il grincer des dents au PS ?

Demandez-le à ceux dont les dents grincent. Mais ne le demandez pas à moi. Naturellement, il faut faire l’analyse de la gauche plurielle. De ses réussites et de ses insuffisances. Et il faut faire une analyse correcte du 21 avril 2002. Il y avait quand même 19 millions de voix dans l’abstention, le vote nul ou les votes extrême. L’électorat populaire n’avait pas été au rendez-vous, concernant le candidat socialiste, car qu’il avait recueilli 11 ou 13 % des voix d’ouvriers ou d’employés. Donc il y avait un problème et c’est ce problème que Ségolène Royal a justement pointé en disant que ce sont les couches populaires qui feront la décision dans cette élection présidentielle.

Mercredi 28 Mars 2007 Propos recueillis par François Vignal

la vidéo :

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Sur le WEB : http://www.marianne2007.info/index.php ?action=article&id_article=597432
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