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Publié le 21 janvier 2007 par Webmestre
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Interview de Robert Gu ?diguian.

Article mis en ligne le 24 décembre 2008 par Webmestre  

Interview de Robert Guédiguian

Réalisateur, acteur, producteur et scénariste français.

Depuis le début il tourne avec la même bande de copains,

Ariane Ascaride, qui deviendra sa femme,

Jean-Pierre Daroussin et Gérard Meylan.

(JPG)

Quel regard portez-vous sur notre société ?

Je suis plutôt pessimiste sur la manière dont l’idéologie de la bourgeoisie a gagné y compris aujourd’hui chez les gens les plus démunis. Je veux dire que des mots d’ordre comme « travailler plus pour gagner plus », « soyez tous propriétaires » sont des choses qui sont aujourd’hui acceptées par tous. Je crois que la consommation a gagné, pas au sens du plaisir des choses qui rendent heureux, mais pour avoir plus, posséder plus, consommer plus. Je suis pessimiste parce qu’on a perdu ce qui était de l’ordre d’une contre-culture, une culture qu’on pourrait appeler ouvrière. Tout ça s’est perdu dans l’idéologie de la consommation à tout prix.

Comment expliquez-vous qu’il n’y ait plus de contre-feux aujourd’hui ?

Je n’ai pas d’explication, c’est quelque chose à quoi je réfléchis. Mais le fait qu’il n’y ait pas de contre-culture donne un immense sentiment de frustration à ceux qui n’ont pas réussi à consommer. Vouloir consommer fortement donne des êtres extrêmement frustrés, ce qui peut être une explication de tous les radicalismes. Aujourd’hui, les gens cherchent d’autres valeurs. Je pense que tout ce qui a à voir avec les replis religieux ou communautaires relève de cette frustration. Il n’y a pas d’autres propositions. La dernière proposition c’était la proposition socialiste ou communiste, appelons-là comme on veut. Mais c’est vrai que la seule contre-proposition qu’il y a eu pendant un siècle et demi a disparu définitivement. Même si au regard de l’histoire, définitivement est un terme qu’on ne doit pas utiliser...

Donc c’est vrai que de ce point de vue, le lien social s’est considérablement distendu. Bien sûr il y a des gens qui se battent pour créer des choses, je crois beaucoup au travail local. C’est un peu ce que j’ai essayé de faire dans certains de mes films. Quand j’ai fait Marius et Jeannette, tout le monde m’a dit la cour existe, c’est formidable, c’est génial. J’ai répondu, je n’ai pas fait le film parce que la cour existait, mais pour que la cour existe. Bien sûr qu’il y a des cours comme ça, mais Marseille n’est pas truffée de cours où tout le monde s’entend bien, où tous les gens sont solidaires. C’est un rêve éveillé. Ce que j’aimerais, c’est que les gens le fassent.

Vous êtes plutôt classé comme réalisateur de films d’auteur, est-ce que vous pensez toucher ce public populaire dont vous parlez ?

Je m’y efforce parce que je réfléchis toujours à ça en faisant des films. Je suis l’un des rares cinéastes auteuristes que le public connaît. Le public ne me découvre pas forcément au cinéma mais à la télévision.

On vit dans une société complexe où les gens qui sont à la marge le seront encore davantage dans les années à venir.

Je vais dire un truc provocateur : on confond social et caritatif pour que ces marges-là n’explosent pas, on donne juste assez aux personnes, on fait l’aumône. Cela fait trente ans que ça existe, cette politique là, nous devons la contester. Je crois que tous les combats qu’on mène que ce soit au travers de films, de débats, d’animations ou au travers de la politique sont quand même un petit peu utiles. Je crois que ça aide pour que ça ne se dissolve pas tout à fait, mais depuis quelques mois je suis pessimiste. Sarkozy on s’en fout : ce qui a gagné c’est une manière de penser le monde, même chez des gens qui devraient penser le contraire, chez des gens démunis.

Et dans vingt ans vous les imaginez comment les rapports sociaux en France ?

Je ne peux pas dire qu’il y ait des signes qui inclinent à l’optimisme. La seule certitude que j’aie, c’est que les gens ne pourront pas continuer comme ça. A un moment ils réagiront. Je garde une certaine confiance en l’humanité.

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