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Publié le 21 janvier 2007 par Webmestre
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Halte aux exc ?s de la finance internationale ! Par St ?phane Madaule.

Article mis en ligne le 17 août 2009 par Webmestre  

Bonus or not bonus ? That is the question... qui agite les esprits en cette période estivale. Les sommes provisionnées par les grandes banques françaises afin de rémunérer leurs traders sont-elles conformes aux recommandations du G 20 d’avril à Londres ? Ont-elles un caractère moral ? S’agissant de la seconde question, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que le monde de la finance et celui de la morale n’ont rien de commun. Si le monde de la finance a légitimement pour objectif de faire le plus de profits, on comprend aisément que ce sont uniquement les règles que le pouvoir politique lui impose qui sont plus ou moins aptes à lui donner un soupçon de moralité.

Or c’était justement un des objectifs du G 20 de Londres : interdire les excès de la finance internationale afin d’éviter que l’économie réelle, qui n’a rien à voir avec ces pratiques, ne paie les pots cassés d’une spéculation débridée de plus en plus dangereuse. Dans ce cadre, le fait que des traders aient pu recevoir des bonus de plusieurs milliards d’euros pendant que des millions de travailleurs sont en train de perdre leur emploi a effectivement quelque chose d’indécent. De plus, ces bonus sont versés par des banques qui ont elles-mêmes reçu sous forme de prêts ou de recapitalisation pour certaines (Natexis) de l’argent de l’Etat, donc du contribuable français.

Mais qu’a donc préconisé le G 20 pour moraliser la pratique des bonus ? Peu de chose en réalité, puisqu’il s’est contenté de faire des recommandations aux banques afin que les bonus demeurent raisonnables et n’aient pas un caractère automatique. Bref, que le niveau des bonus soit encadré par chaque banque et ne rémunère pas uniquement la prise de risque sur le court terme. Beaux discours en vérité. Mais où est le caractère contraignant de ces nouvelles règles ?

Les pro-bonus défendent ce type de rémunération en arguant qu’il s’agit d’un élément de rémunération variable, apte à stimuler l’activité des commerciaux de la finance internationale, comme c’est le cas dans d’autres secteurs. Se trouvant dans une économie ouverte, il devient impossible de ne pas appliquer ce que d’autres utilisent déjà, à savoir le versement de bonus pour s’assurer de la fidélité et de l’efficacité des meilleurs. Mais qui fait la loi ? Nos représentants élus ou le marché ? Les démocraties ou l’hydre d’une mondialisation sans lois qui provoque les inégalités pour mieux se gorger de profits.

En d’autres termes, si d’autres le font, nous ne pouvons faire autrement, même si ces pratiques sont immorales en période de crise et de renflouement des banques par le contribuable public. Avec de tels raisonnements, on vient très facilement à justifier l’inacceptable : que quelques personnes se partagent des millions, voire des milliards d’euros, pendant que d’autres, plongées dans la crise par les agissements de ces dernières, financent la contrepartie et n’ont plus que les yeux pour pleurer. Dans les périodes les plus sombres de notre histoire, certains ont dit également qu’ils ne pouvaient faire autrement, qu’ils étaient obligés de s’adapter à la situation, que de nouvelles règles s’imposaient à tous par la loi du plus fort. Cela a donné effectivement la Shoah et son cortège de collaborations.

Mais revenons aux bonus. Si l’on ne peut plus récompenser le mérite de chacun, même dans un contexte immoral, si l’on ne peut plus cajoler les plus riches, ceux qui sont censés faire tourner ce type d’économie fondée sur la spéculation, si l’on ne peut plus accroître les inégalités afin de mieux favoriser l’échange, alors que va devenir notre planète finance ?

Certains préconisent que la solution vienne d’une législation internationale qui s’appliquerait à tous. Mais les pays anglo-saxons comme la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont justement bâti une grande partie de leur prospérité passée sur la financiarisation de leur économie. Comment pourraient-ils renoncer à ce qui constitue le coeur de leur activité ? L’attente d’une solution internationale est un leurre, un écran de fumée destiné à continuer comme avant, tout en essayant de se donner bonne conscience.

Alors, il n’y a plus que nos vieux Etats souverains, derniers remparts de la démocratie, qui, à l’écoute de leurs peuples respectifs, peuvent dire stop et refuser de continuer à jouer sur ce terrain, refuser cet engrenage malsain, refuser les réflexes moutonniers du comme-tout-le-monde. De telles décisions demandent à l’évidence de la volonté politique. La France et plus généralement l’Europe s’honoreraient de montrer l’exemple. Quand un système est mauvais, il convient d’en changer. Le moraliser demeure mission impossible.

LE MONDE | 17.08.09

Stéphane Madaule est essayiste, maître de conférences à Sciences Po Paris.

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