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Et si trente ans apr ?s, on tirait les le ?ons de l’exp ?rience ?

Article mis en ligne le 28 mars 2007 par Webmestre  

Lip, un retour de mémoire dans la campagne Par Hervé Nathan, rédacteur en chef de Marianne.

Il est rare qu’un documentaire, présenté dans quelques salles de cinéma fasse autant parler que Lip, l’imagination au pouvoir. Le Monde, Libération, Le Nouvel Obs, Télérama, Marianne (cette semaine) etc., toute la presse célèbre le travail de Christian Rouauld. On n’en dira pas tant des chaînes de télévision, dont aucune (y compris le « service public », si prompt à défendre la redevance) n’a jugé bon d’acheter le documentaire pour le montrer à l’ensemble des Français.

Mais quoi, pour faire tant de bruit, le récit de la lutte des Lip en 1973-1975 ne doit pas que remuer la nostalgie qui est en nous ? Non. Ce qui nous parle, c’est ce que ce retour de mémoire nous dit des forces politiques au milieu de la campagne présidentielle.

Car elles étaient déjà toutes présentes il y a trente-quatre ans. On peut donc juger l’évolution du message de chacune d’entre elles. L’UMP, héritière de l’UDR, a gardé ce qu’il y a de pire dans le gaullisme pompidolien : l’autoritarisme. C’est le premier message de son candidat. Et l’UMP, comme l’UDR, continue de mélanger les genres entre le parti politique et les intérêts des grands groupes privés. Veut-on un exemple ? Serge Dassault, industriel de défense, patron de presse et maire, comme Papa ? (C’est Olivier, le petit-fils de Marcel, qui est député.)

A l’inverse, le PS a beaucoup évolué. Le Parti socialiste toute juste renaissant (1971, congrès d’Epinay), à l’époque parlait de « changer la vie ». Le dernier slogan de Ségolène Royal c’est « la France présidente ». Nombre de ses militants, venant tout juste d’adhérer au PS lors des assises du socialisme, avec Rocard et Edmond Maire, n’hésitaient pas à mettre « l’autogestion » au centre du projet politique. Il n’en reste que les « débats participatifs ».

L’extrême gauche elle aussi a pas mal bougé. En 1974, elle avait failli présenter un candidat à la présidentielle : Charles Piaget, délégué CFDT de Lip. José Bové (qui a vingt ans en 1974) avant l’heure. Les manœuvres d’appareil du PS (et de Rocard), du PC et de la CFDT (d’Edmond Maire), le refus de Piaget d’entrer dans le cirque des groupuscules, ses scrupules vis-à-vis de sa famille empêchèrent l’émergence de cette candidature du mouvement de transformation sociale. Aujourd’hui le mouvement anti-libéral a trois candidats, c’est trop. Et trop peu d’utopie dans ses objectifs.

Restent les centristes. Deux élections encadrent le conflit de Lip. En 1969, le centre avait soutenu Alain Poher contre Georges Pompidou. En 1974, il avait choisi Giscard d’Estaing contre Mitterrand. Entre les deux, les centristes avaient gouverné avec l’UDR. Il y a les velléités, et aussi les réalités. Il faudra donc attendre le deuxième tour de l’élection de 2007 pour savoir si les centristes ne sont pas demeurés tels qu’ils étaient à l’époque de Lip... En attendant, allez voir le film !

Hervé Nathan

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Te souviens-tu de Lip, j’étais trop jeune, je ne comprenais pas tout, mais cette histoire marque un tournant.

Les capitalistes n’ont guère supportés que des ouvriers s’accaparent une entreprise, et la fasse fonctionner.

Lip est plus qu’un symbole, un dégré inacceptable a été atteint pour le patronat qui n’a jamais digéré cette histoire. Celui-ci sans rien dire, mais avec tenacité a décidé de rompre tout ceci.Il y a eu une autre expérience de ce type à Saint Etienne.

Tout a été fait ces trente dernières années, en s’appuyant sur la mondialisation, pour casser, amoindrir la classe ouvrière, et mettre fin à ses revendications.

Paul

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Lip, à la bonne heure !

C’est une histoire comme on en entend trop souvent. Une grosse PME française novatrice, hyper performante, avec des ouvriers très compétents, est rachetée par un groupe étranger qui veut la transformer en simple usine de montage, virer son PDG fondateur, réduire les coûts, baisser les effectifs. La suite est prévisible : liquidation à brève échéance, sans la moindre révolte sociale. Ainsi se passe les choses aujourd’hui.

Sauf qu’on est le 17 avril 1973. Fred Lip écarté - c’est de lui qu’il s’agit -, le groupe suisse qui a racheté l’entreprise d’horlogerie franc-comtoise trouve sur son chemin un certain Charles Piaget, syndiqué CFDT. Et toute une sacrée bande de camarades, Roland, Jeannine ou Raymond, adhérant au PSU de Michel Rocard ou membre de l’Action catholique ouvrière.

Les patrons suisses dans les murs ? On baisse les cadences. Dépôt de bilan ? On occupe l’usine et on séquestre les administrateurs. Les CRS à la rescousse ? On rend les otages mais on planque les montres. Salaires coupés ? On remet en marche l’usine et on vend des montres dans toute la France. Autant de décisions, réfléchies, discutées, dans un vrai fonctionnement démocratique. La CGT est décontenancée, se souvient Charles Piaget : « Qui commande, où est le centre de fonctionnement ? On leur a expliqué que c’est l’assemblée générale qui harmonisait l’ensemble... » La seconde chance de Lip, c’est que ce syndicaliste éclairé rencontrera un jeune patron lumineux : Claude Neuschwander, ami de Rocard, proche des « modernistes » de CNPF (aujourd’hui le MEDEF) qui remet l’usine en marche. Avant d’être « cassé » par l’aile dure du patronat, soutenue par Chirac. Lip est tout un symbole.

Jusqu’à Lip, nous avions affaire à un capitalisme certes dur, mais l’entreprise restait au cœur de l’économie. La finance a supplanté l’entreprise, la mondialisation a parachevé le travail. On joue au Monopoly avec les entreprises, on broie les hommes, on broie les territoires.

Quelque chose, pourtant n’a pas changé. Et c’est un économiste, Thomas Philippon, qui en fait l’analyse dans un récent ouvrage*. Quelque chose qui a trait à une spécificité bien française : les mauvaises relations sociales en entreprise, résultat d’un « capitalisme d’héritier », aux pratiques conservatrices et frustrantes. Paternalisme ou bureaucratique, ce capitalisme entrave le renouvellement des élites et la délégation d’autorité. Ces mauvaises relations de travail expliqueraient notre taux de chômage explosif, nos départs à la retraite précoce, notre croissance médiocre. Gros chantier en perspective...

* le capitalisme d’héritiers, La crise française du travail, de thomas Philippon, Le seuil.

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