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Publié le 21 janvier 2007 par Webmestre
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Devoir d’insolence, par Franck Nouchi ( Le monde)

Article mis en ligne le 8 mars 2009 par Webmestre  

A bien y regarder, personne n’a trouvé son compte le 5 février dans "Face à la crise", la dernière prestation télévisée de Nicolas Sarkozy : ni le chef de l’Etat qui n’a pas réussi à restaurer son image dans l’opinion ; ni les intervieweurs dont on n’a remarqué que les oublis (la Guadeloupe au premier chef) et le manque de pugnacité ; ni les téléspectateurs que ce genre d’exercice "sur mesure" a laissés plus que sceptiques. On ne saurait trop méditer cette phrase de Claude Lanzmann extraite du Lièvre de Patagonie : "J’apprendrai plus tard qu’il faut posséder un grand savoir pour être capable d’interroger." Serge July, dans l’article qu’il a écrit pour ce numéro du Monde 2 à (à lire sur LeMonde.fr) à propos de ces extraordinaires mémoires, conseille fort justement à tous les journalistes d’encadrer cette phrase... Nicolas Sarkozy n’est évidemment pas le premier chef d’Etat français à bénéficier d’un tel traitement de faveur. Tous les présidents de la Ve République, à commencer par le général de Gaulle avec Michel Droit, ont eu "leurs" intervieweurs favoris. Simplement, l’époque a changé et l’on s’accommode de plus en plus mal de ce cordon décidément incassable qui relie l’Elysée aux grands médias.

En ce domaine comme en bien d’autres, il faudra attendre des jours meilleurs pour enfin connaître une "rupture" avec les pratiques du passé. Pire : non content, sauf avis contraire (et bien improbable) du Conseil constitutionnel, de nommer lui-même les patrons de France Télévisions et de Radio France, Nicolas Sarkozy laisse filtrer depuis quelques jours l’agacement que lui procure la matinale de France Inter animée par Nicolas Demorand. Cela avait commencé par une brève parue dans Le Nouvel Observateur attribuant à Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée, des critiques à l’encontre de Thomas Legrand, l’(excellent) éditorialiste politique de la station ; c’est à présent notre confrère Renaud Revel de L’Express qui fait état sur son blog de confidences du chef de l’Etat très acerbes à l’endroit du patron de Radio France, Jean-Paul Cluzel, et de l’humoriste maison, Stéphane Guillon.

Là encore, on se croirait revenu à des temps anciens, où l’audiovisuel public était considéré par l’Elysée comme "la voix de la France". Ce n’est pas pour rien si la matinale d’Inter est devenue un véritable "must" pour les amoureux (de plus en plus nombreux) de la radio. Conçue tout à la fois comme une longue séquence d’information et un véritable lieu de débat public, il y souffle un vent de liberté salutaire. De gauche ou de droite ? Là n’est pas le problème. Il y a fort à parier que Thomas Legrand, si la gauche était au pouvoir, serait tout aussi acerbe et pertinent. Quant à Stéphane Guillon, comme en son temps Pierre Desproges quand il officiait à l’insurpassable "Tribunal des flagrants délires", son exercice quotidien de tir aux pigeons n’a rien à voir avec la couleur politique de ses "victimes". On peut évidemment ne pas aimer, trouver qu’il en fait trop, ne pas supporter ses flèches contre tel ou tel responsable politique. Mieux vaut ne pas se trouver dans sa ligne de mire, mais souvenons-nous, on en disait tout autant de Coluche, d’Hara-Kiri ou de Charlie Hebdo à la grande époque. N’en déplaise aux grincheux, ces insolences sont indispensables.


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