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Bien plus que des grands discours et en hommage ? Lucie Aubrac disparu

Article mis en ligne le 21 mars 2007 par Webmestre  

Bien plus que des grands discours et en hommage à Lucie Aubrac disparu récemment, prenez le temps de lire ce texte en prose de René Char.

Luttons contre toutes les formes d’oppression, contre ceux qui avancent à visage masqué et qui ne disent pas qui ils sont.

Le boulanger n’avait pas encore dégrafé les rideaux de fer de sa boutique que déjà le village était assiégé, bâillonné, hypnotisé, mis dans l’impossibilité de bouger.

Deux compagnies de SS et un détachement de miliciens le tenaient sous la gueule de leurs mitrailleuses et de leurs mortiers. Alors commença l’épreuve.

Les habitants furent jetés hors des maisons et sommés de se rassembler sur la place centrale. Les clés sur les portes. Un vieux, dur d’oreille, qui ne tenait pas compte assez vite de l’ordre, vit les quatre murs et le toit de sa grange voler en morceaux sous l’effet d’une bombe.

Depuis quatre heures j’étais éveillé. Marcelle était venue à mon volet me chuchoter l’alerte. J’avais reconnu immédiatement l’inutilité d’essayer de franchir le cordon de surveillance et de gagner la campagne. Je changeai rapidement de logis. La maison inhabitée où je me réfugiais autorisait, à toute extrémité, une résistance armée efficace. Je pouvais suivre de la fenêtre, derrière les rideaux jaunis, les allées et venues nerveuses des occupants.

Pas un des miens n’étaient présent au village. Cette pensée me rassura.

A quelques kilomètres de là, ils suivraient mes consignes et resteraient tapis. Des coups me parvenaient, ponctués d’injures. Les SS avaient surpris un jeune maçon qui revenait de relever des collets.

Sa frayeur le désigna à leurs tortures. Une voix se penchait hurlante sur le corps tuméfié : « Où est-il ? Conduis-nous », suivie de silence. Et coups de pied et coups de crosse de pleuvoir. Une rage insensée s’empara de moi, chassa mon angoisse.

Mes mains communiquaient à mon arme leur sueur crispée, exaltaient sa puissance contenue. Je calculais que le malheureux se tairait encore cinq minutes, puis fatalement, il parlerait.

J’eus honte de souhaiter sa mort avant cette échéance. Alors apparut jaillissant de chaque rue la marée des femmes , des enfants, des vieillards, se rendant au lieu de rassemblement, suivant un plan concerté. Ils se hâtaient sans hâte, ruisselant littéralement sur les SS, les paralysant « en toute bonne foi ».

Le maçon fut laissé pour mort. Furieuse, la patrouille se fraya un chemin à travers la foule et porta ses pas plus loin. Avec une prudence infinie, maintenant des yeux anxieux et bons regardaient dans ma direction, passaient comme un jet de lampe sur ma fenêtre. Je me découvris à moitié et un sourire se détacha de ma pâleur. Je tenais à ces êtres par mille fils confiants dont pas un ne devait se rompre.

J’ai aimé farouchement mes semblables cette journée-là, bien au-delà du sacrifice.*

* N’était-ce pas le hasard qui m’avait choisi pour prince ce jour-là plutôt que le cœur mûri pour moi ce village ? (1945)

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Hommage à Lucie Aubrac lors d’une cérémonie aux Invalides

Lucie Aubrac, symbole de l’engagement des femmes dans la Résistance, lors d’une cérémonie aux Invalides où il a été souligné que le courage se conjugue au féminin.

"Nul ne peut ignorer qu’aux heures tragiques, le courage, l’esprit de décision et de sacrifice se conjuguent tout autant au féminin".

Cette cérémonie c’est déroulée dans la cour des Invalides, où les honneurs militaires ont été rendus à Lucie Aubrac, dont le cercueil était couvert d’un drapeau tricolore.

"dans l’histoire de la Résistance, l’amour a joué un rôle essentiel, lui qui décuple l’énergie et le courage".

"Lucie Aubrac, nous n’oublierons pas votre message. La cohésion nationale est un combat de tous les jours. Nous devons garder vivante dans nos coeurs la flamme des luttes de la République pour la liberté : les droits de l’Homme. L’abolition de l’esclavage. La bataille des dreyfusards pour le triomphe des droits individuels sur la raison d’Etat. Le sacrifice des soldats de Verdun. La Résistance contre le déshonneur de Vichy".

Au nom des dix petits enfants de Lucie Aubrac, un membre de la famille de la résistante a fait également une courte déclaration.

Lucie Aubrac est décédée mercredi dernier à 94 ans.

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