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Publié le 21 janvier 2007 par Webmestre
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11 Novembre 2006 : Les "poilus" martiniquais r ?habilit

Article mis en ligne le 11 novembre 2006 par Webmestre  

Les noms de 150 "poilus" martiniquais vont être inscrits sur les monuments aux morts de l’île à l’occasion du 11 Novembre. Ces combattants décédés lors de la guerre de 1914-1918 avaient été oubliés par distraction des familles ou de l’administration.

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150 "poilus" martiniquais

Il s’agit des derniers des 1 876 soldats français de la Martinique officiellement "morts pour la France", sur les 8 788 envoyés se battre. Ils étaient partis par patriotisme et parce que, pas davantage que leurs compatriotes, ils n’avaient pas le choix. Leurs élus avaient expliqué qu’il fallait repousser l’ennemi hors du territoire national. A l’époque, cet engagement marquait de surcroît la volonté des habitants des colonies de s’assimiler, de se montrer des Français à part entière, de chérir la mère patrie jusqu’à vouloir verser "l’impôt du sang".

Les Français de Guadeloupe et de Martinique étaient en effet déjà des citoyens, à la différence des "indigènes" d’Afrique. Il n’y a d’ailleurs pas eu de bataillons antillais. Ces soldats furent dispersés dans toutes les unités et il y eut, proportionnellement, autant de morts blancs que noirs dans leurs rangs.

Le geste en l’honneur des 150 est né de l’opiniâtreté d’une historienne martiniquaise, Sabine Andrivon-Milton, qui a consacré sa thèse à la Martinique pendant la première guerre mondiale et présente à la Bibliothèque Schoelcher de Fort-de-France une exposition sur ce thème : "Je voulais compléter les cases manquantes de notre histoire", explique-t-elle, sans sacrifier pour autant au discours de victimisation affirmant que ces soldats étaient moins bien traités que leurs compatriotes de métropole : "Pendant la période hivernale, les Antillais étaient repliés sur l’Afrique du Nord ; à Paris, ils bénéficiaient d’un "foyer colonial" qui leur était réservé ; des recommandations spéciales étaient prises pour qu’on prenne soin d’eux, au niveau de la santé et de la nourriture."

Pour les oubliés réhabilités, des cérémonies ont été organisées dans plusieurs des 34 communes de la Martinique. Ainsi, au Vauclin, place Charles-de-Gaulle, une plaque de marbre comportant douze noms va être ajoutée sur le monument aux morts à côté de celle listant depuis des lustres les 86 enfants de la commune morts à la guerre : "Il y a des Vauclinois, raconte le maire (socialiste), Raymond Occolier, qui ne savent pas que leurs parents ont participé à la guerre et ils passent à côté du monument sans le voir. De même, il y a des combattants aussi méritants que d’autres, tombés dans l’anonymat et qu’il faut honorer pareillement. Dans notre imagerie populaire, nous n’avons pas de Jeanne d’Arc ni de Godefroy de Bouillon, mais des humbles qui ont apporté leur contribution contre la barbarie. En 1914, les fils des colonies se sont souvent portés volontaires pour défendre la France et, dans ces moments de grande difficulté, partager le pire comme le meilleur avec leurs frères de métropole."

Pour les familles, le symbole est important : "C’est une excellente chose, se félicite Denise Thimon, dont le grand-oncle, Léon Nubul, est mort loin du Vauclin à 23 ans. Jusqu’à présent, on ne s’était jamais occupé de ces hommes partis si jeunes." Pour sa part, Lucien Baste, arrière-arrière-petit-neveu de Jacques Thimon, autre réhabilité, ignorait tout de cet aïeul. L’Histoire et ses propres recherches généalogiques le lui ont fait découvrir et il se réjouit qu’elles lui permettent de rencontrer des parents qu’il ne connaissait pas et qu’elles conduisent les Martiniquais à s’approprier leur passé. C’est ainsi qu’un poilu mort il y a près d’un siècle rapproche des vivants du XXIe siècle.

Le combat de Mme Andrivon-Milton va se poursuivre avec l’hommage dû à 48 soldats martiniquais qui, eux, n’avaient pas obtenu la mention "morts pour la France" alors qu’ils avaient bien succombé au front. Aujourd’hui, deux communes n’ont pas de monument aux morts : Sainte-Luce - mais un projet est à l’étude - et Saint-Pierre, qui a été rayée de la carte des communes de France après la catastrophe de la montagne Pelée qui l’a anéantie en 1902, et qui n’a été réinscrite qu’en 1923.


Sur le WEB : Le monde du 10 novembre 2006
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